I.

Je dressais le temple de l'inoubliable, je décrivais les rives des souvenirs, tout en tenant ta main du bout des doigts. Ton harmonica aux lèvres, je t'écoutais chantonner quelques notes, ma plume parcourait le papier blanc. Mes yeux ne se plongeaient plus dans les tiens qu'en diagonal et ton regard fuyait encore le mien. Je soupirais mes désirs que tu ignorais dans ton paysage. Je n'existais plus, tu ne m'aimais plus. En mordillant l'embout de mon écriture, je scrutais ta peau à la recherche d'une inspiration. J'entrevoyais seulement le brouillard de mes pensées, que ma tête connaissait déjà bien trop et que ton coeur ne cessait plus d'ignorer. Je penchais ma tête au dessus du papier et je récitais les longs contes de bonheur dont j'avais été la princesse, à tes côtés. Ta main se détachait du bout des doigts, la brèche des tristesses était ouverte. Je crachais la haine en déchirant la feuille rouge, puisque ton harmonica ne résonnait plus. Je détournais les yeux de ton mirage. Il ne restait à ta place que les souvenirs sentimentaux que je faisais vivre, dans le temple en ruine.

# Online seit Sonntag, 16. April, 2006 um 15:50

Geändert am Sonntag, 07. Mai, 2006 um 16:24

II

C'était toujours cette musique qui résonnait quand tu jouais. La même radio, allumée dans le fond de la pièce, sur un fauteuil adossé à la baie vitrée. Tu te penchais toujours de la même façon, à chaque fois. Ta manche recouvrait ta main, de cette manière si élégante que j'aimais tant. J'entrevoyais tes sous-vêtements, mes doigts frétillaient de venir les taquiner. La queue bien orientée, tu faisais mouche presque à chaque fois. Je pouvais te regarder des heures tourner autour de ce billard, cerner ta stratégie et enfiler tes meilleurs coups. Je ne me lassais pas de voir cette manche sur ton poignet, de voir tes yeux sur les boules, d'entendre les chocs entre les jeux.
Je froissais mon papier entre mes mains, que je frottais nerveusement. Je me mordais la lèvre inférieur plus je te voyais te déplacer. Je ne voulais que te rejoindre. Ma jambe droite tremblait comme toujours, ce lieu n'était qu'habitude, je n'étais qu'habitude. Mais toi au milieu de tout, tu n'étais que surprise. Tout en toi m'étonnait, autant ton calme que ta sympathie. Puis tu étais si beau...

# Online seit Sonntag, 16. April, 2006 um 15:55

Geändert am Sonntag, 07. Mai, 2006 um 16:22

III

Je restais des minutes entières devant tes e-mails sans aucun mot, avec juste en sujet des moments à nous, quelques signes qui me rappelait que tu pensais parfois à moi. Personne d'autre ne pouvait comprendre si on ne leur expliquait pas, nous étions les seuls décrypteurs de ces messages. Nous partagions des secrets. Devant mon écran presque vide, je voyais défiler nos rares souvenirs, nos quelques rires. C'était tes yeux bleus qui s'étalaient dans mes prunelles, tes mains qui caressaient ma joue. Mais c'était encore les paupières ouvertes que je me souvenais le mieux.

# Online seit Sonntag, 16. April, 2006 um 17:04

Geändert am Sonntag, 07. Mai, 2006 um 16:23

IV.

Chaque matin je cherchais en vain ta main entre les draps. J'avais beau dormir dedans, ils me donnaient l'impression d'être gelés. Ton corps ne gisait jamais près du mien. Je me frottais les yeux, je me redressais contre le mur, je souriais. Tu m'inspirais plus que les bons matins, que le soleil se lève bleu ou rouge, pour moi tous t'étaient destinés. Mes jambes nues parcourraient le faux plancher, je descendais me faire une tasse de chocolat chaud. Tu aurais pris du café. J'effleurais les meubles en y devinant ta présence. Tu étais venu tellement de fois ici, mais combien de fois avais-je été chez-toi ? Nos deux paradis étaient peut-être éloignés, mais leur chemin était le même. Je ne traînais plus les pieds depuis que je te connaissais, je souriais au monde entier et peut-être que le monde entier me rendait ce sourire.

# Online seit Montag, 17. April, 2006 um 04:06

Geändert am Sonntag, 07. Mai, 2006 um 16:25

V

Tu t'élevais sur la pointe des pieds et tu te penchais vers moi pour m'embrasser le front. Je sentais tes lèvres sur ma peau, mon sourire grimpait. Tes cheveux mouillés dégoulinaient le long de tes oreilles, sur mes yeux. Les gouttes perlaient sur mes joues, telles des larmes que je n'ai jamais versé avec toi. Tes mains tendaient derrière mon dos, les miennes jouant avec ton pull. Je plongeais mes regards dans les océans de tes yeux, les horizons qui se dessinaient dedans me donnaient envie d'escapade. Je voulais rester avec toi, ne rien faire, seulement être à tes côtés, contre toi. Je n'avais besoin de rien d'autre dans ces moments là. La pluie nous faisait suffoquer, nous étions notre semblant d'oxygène et je survivais. Nos doigts entremêlés au fil des pas, nos sourires mouillés, tes lèvres sucrées, tes cheveux noircis par les nuages. Et nous vivions cela sans lassitude, puisque la seule chose qui importait était d'être ensemble.

# Online seit Montag, 17. April, 2006 um 06:33

Geändert am Sonntag, 07. Mai, 2006 um 16:27